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Orval, bière légendaire venue au monde grâce… à une truite

9 octobre 2019
orval

S’il existe une bière belge qui fascine aussi bien les beer geek que les néophytes, c’est bien l’Orval. Sous sa bouteille en forme de quille, cette bière trappiste renferme bien des mystères. Considérée comme l’une des meilleures bières du monde par de nombreux spécialistes, l’Orval est le fruit d’une histoire et d’une recette toutes particulières. 

Trois choses sont importantes à savoir à son sujet. Premièrement, l’Orval est une bière d’abbaye certifiée comme Authentic Trappist Product. Deuxièmement, si l’Académie royale de Belgique n’a pas encore tranché, il est unanimement reconnu que l’on dit un Orval. Troisièmement, l’origine de cette bière est étroitement liée à une légende où il est question d’une comtesse de Toscane et d’une truite. Laissez-nous vous la conter…

La légende de la Dame du Val d’Or

Nous sommes au 11ème siècle. La comtesse Mathilde de Toscane effectue une promenade dans la région sud de l’actuelle Belgique. Tandis qu’elle s’agenouille au bord d’une source pour s’y désaltérer, son anneau nuptial tombe à l’eau. Désespérée, elle invoque la Vierge.  C’est alors qu’une truite jaillit de l’eau, tenant dans sa bouche le précieux anneau de la comtesse ! Mathilde la saisit et s’exclame : “ce pays est un val d’or” ! Elle décide de faire édifier une Abbaye en lieu et place de ce miracle, qui se nommera Orval. Et la fameuse source, encore employée aujourd’hui pour le brassage, se nommera Mathilde.

Au 18ème siècle, au moment de la Révolution Française, l’abbaye Notre-Dame d’Orval est incendiée. Il n’en reste que des ruines. Il faudra attendre le 20ème siècle, pour que, dans les années, 1920, une communauté de moines décide de reconstruire cette belle abbaye. Mais les moines ont besoin d’argent, et la commercialisation d’une bière apparaît être la meilleure solution pour financer cette reconstruction colossale ! Les moines mettent alors au point en 1932 une recette unique, brassée au sein même de l’abbaye d’Orval.

Bière unique et design remarquable

orval bouteille

Reconnaissable au premier regard, la bouteille d’Orval arbore une silhouette unique au monde en forme de quille. Un design n’ayant absolument pas changé depuis son lancement dans les années 30 (et savamment étudié pour résister à une plus forte pression que les autres bouteilles !). Son étiquette quant à elle, complètement Art Déco, est aussi d’origine. Elle arbore les symboles qui font toute la légende de cette bière : la truite, l’anneau, la source. 

Outre son design remarquable, l’Orval détient une autre spécificité qu’elle partage avec certaines bières trappistes (la Chimay bleue par exemple) : sa capacité de vieillissement ! À l’instar d’un bon vin, l’Orval gagne à patienter en cave avant d’être dégustée.

Les spécialistes conseillent de la conserver à une température stable entre 10 et 15°C et de la garder 5 ans au maximum. Cette capacité unique de vieillissement s’explique en partie par la présence de levures de fermentation spontanée (de type Brett) et à leur capacité d’évolution en de délectables saveurs surettes. Au fil du temps, tandis que l’amertume se dissipera, des parfums de caramel, de miel et des touches madérisées se développeront.

La recette secrète de la bière d’Orval

L’Orval est brassée à partir de malt pâle et d’un peu de malt caramélisé. Au moût est ajouté du sucre candi liquide puis des levures saccaromyces pour la première fermentation. La bière est ensuite mise en garde durant 2 semaines avant que ne soient ajoutées – première originalité – les levures de type fermentation spontanée (vous savez, les fameuses Brett) !. À cette étape intervient une autre manipulation caractéristique de cette recette : un houblonnage à cru. Enfin, les moines brasseurs y ajouteront à nouveau du sucre candi et de nouvelles levures avant la mise en bouteille. La refermentation en bouteille peut alors avoir lieu !

Mais alors, ça goûte quoi, un Orval ?

À l’oeil, l’Orval présente une robe dense ambrée couronnée d’une mousse crémeuse et persistante. Au nez, elle se déploie sur d’intenses notes d’agrumes (le pamplemousse surtout), de levures sauvages et d’épices. La bouche se fait puissante, vive, acidulée, complexe et équilibrée. Sa pétillance, d’une prodigieuse intensité, justifie sans détour la forme trapue de sa bouteille ! L’amertume sèche de l’Orval évolue vers une finale longue et finement acidulée.

Avec une capacité de production maximale de 78000 hl, la brasserie de l’abbaye d’Orval peine à satisfaire la demande mondiale ! Quand on sait que 85% de la production est destinée au seul marché belge, la moindre bouteille d’Orval mérite d’être savourée comme un trésor. Unique en son genre avec son double houblonnage et la présence de levures sauvages, l’Orval est une expérience sensorielle à elle seule. 

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