Bière et changement climatique : que boirons-nous en 2100 ?
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Bière et changement climatique : que boirons-nous en 2100 ?

Le réchauffement climatique menace la bière, et ce n’est pas une blague. Disparition de la mousse, faible amertume et le tout au prix fort… Ce scénario catastrophe serait hélas bien réel à l’horizon 2100 si l’on en croit les pronostics des plus éminents chercheurs actuels. C’est un fait : le chemin qu’emprunte le climat de notre petite planète bleue n’a rien de favorable pour la bière que vont siroter nos descendants.

On vous explique dans cet article comment le contenu de nos chopines va évoluer si les émissions de CO2 et les degrés celsius continuent de grimper… Accrochez-vous, car la bière de 2100 n’a vraiment pas de quoi faire rêver !

Bière et changement climatique, attention à la ruée vers l’orge

Les sécheresses et vagues de chaleur qui vont de plus en plus frapper le climat mondial ont un effet conséquent sur la culture de l’orge. Mais il convient de bien distinguer orge de brassage et orge fourragère. L’orge de brassage est celle de qualité supérieure. Elle se destine à la fabrication de bière ou de whisky et représente 20% de la culture d’orge mondiale. Les 80 % restants sont les variétés fourragères, de qualité inférieure, et destinées à nourrir les animaux. Certes moins bonnes, ces variétés ont cependant l’avantage d’être plus robustes. 

La sécheresse entrainera une baisse de rendement qui fera grimper de 15% le prix des bières.

L’orge qui nous intéresse ici est bien la première : la meilleure, mais aussi la plus fragile. Dabo Guan, professeur en économie du changement climatique dans une université britannique, explique que les cultures de haute qualité sont particulièrement sensibles au changement climatique. Les spécialistes estiment que si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, la production baissera de 16% d’ici la fin du siècle. A terme, une “crise de l’orge de brassage” liée à la baisse de la production, pourrait faire doubler les prix de cette matière première essentielle. 

Dans les prédictions les plus favorables, où un déclin immédiat des émissions de gaz à effet de serre se produirait (mais nous sommes encore loin actuellement), les scientifiques évaluent une augmentation des prix de la bière de 15% d’ici 2100. Cependant, ces scénarios, on le répète, sont les plus favorables et n’incluent pas un autre défi majeur.

Qu’est-ce qui pourrait sauver la mousse ?

Ce second défi majeur n’est autre que la baisse générale de la valeur nutritionnelle de toutes les céréales, toujours à cause du changement climatique. Si cela se produisait, nous serions contraints de réintroduire l’orge dans notre alimentation de base… réduisant encore sa part consacrée à la bière !

Et l’effet du réchauffement climatique sur l’orge ne s’arrête pas, hélas, à sa seule productivité. Il en restreint aussi les qualités intrinsèques. Dans leur étude Environmental Health Perspectives, les chercheurs de l’Université d’Harvard ont mis en évidence une corrélation entre baisse des qualités nutritionnelles des céréales et augmentation du CO2 dans l’atmosphère. D’après les spécialistes, le zinc, le fer et surtout les protéines seraient les nutriments les plus touchés.

Cette étude publiée en 2017 montre que, si rien n’est mis en place pour contenir l’emballement climatique, l’orge pourrait perdre jusqu’à 14% de ses protéines d’ici l’horizon 2050 !

Pour qu’une bière mousse correctement, l’orge torréfiée doit contenir entre 9 et 12% de protéines

Au delà et en-dessous ce ces valeurs, la bière ne moussera pas. Et si l’on fait le calcul, cela signifie que les variétés d’orge ne comprenant actuellement que 9 à 10% de protéines tomberont en dessous du seuil critique des 9%… Pour ne plus produire que de la bière sans mousse. Quelle tristesse !

Bière et changement climatique : le houblon en danger

Dans la relation qui unit bière et changement climatique, l’orge n’est hélas pas le seul ingrédient impacté. On a déjà observé, malgré une hausse de la température encore modérée, les effets du réchauffement climatique sur la culture du houblon. Si la production de “l’or vert” a stagné, la qualité, elle, tend à baisser.

La hausse des températures (hivers trop chauds) entraîne un raccourcissement de la période de végétation du houblon, faisant baisser sa teneur en acide alpha lipoïque. Or, les acides alpha, à l’origine de l’amertume, constituent un élément majeur dans l’équilibre d’une bière. Par exemple, les scientifiques estiment, qu’à l’horizon 2050, les houblons tchèques Saaz (essentiels au brassages des bières pils) pourraient perdre jusqu’à ⅓ de leur teneur en acides alpha !

En parallèle, ces mêmes projections prédisent une baisse de rendement pouvant atteindre les 10%. Si le réchauffement climatique se poursuit de la sorte, il est possible que dans quelques années nous assistions à une relocalisation des cultures de houblon vers des zones aux hivers plus rigoureux afin de (tenter de) maintenir toute leur puissance aromatique.


Si les scénarios des spécialistes venaient à se concrétiser, la bière du futur serait ainsi plus chère… et vraiment moins bonne ! A l’orée 2100, la bière se serait peu à peu dépourvue de sa belle mousse et de son amertume. Ainsi se refermerait peu à peu l’immense éventail de saveurs que nous offre le panorama des bières actuelles.

Une perspective bien triste mais une raison de plus de continuer à se battre pour préserver ce qui nous fait vivre, de l’air que l’on respire à la bière que l’on savoure, et tout ce qui vit autour ! La révolution de la brasserie artisanale est en route et il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin. Nos brasseurs ont encore tellement de recettes à inventer et de saveurs originelles à nous faire déguster.

De notre côté, pour participer à notre échelle à cette lutte contre le gaspillage alimentaire, nous avons décidé d’agir. Régulièrement, sur Une Petite Mousse, vous trouverez une sélection de box « anti gaspi » : des coffrets de bières à la DLUO courte ou fraîchement dépassée, que nous sauvons des bennes. Impossible pour nous de jeter ces bières pour une question de date, quand elles sont encore parfaitement délicieuses à boire. Alors, nous vous en faisons profiter à petit prix, pour que tout le monde y gagne, la planète comprise !

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Caroline de Une Petite Mousse