Imperial Stout : de Guinness à la Russie, histoire d’une épopée torréfiée
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Imperial Stout : de Guinness à la Russie, histoire d’une épopée torréfiée

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Imperial Stout : à l’image de la démarche de Dark Vador, cet adjectif en impose. On se dit tout de suite que l’on a affaire à une bière qui ne rigole pas. Et on a bien raison ! Aujourd’hui, on vous décrypte l’histoire des Imperial Stout, ces bières brunes fortes apparues au siècle des Lumières dans l’empire Russe.

Table des matières

Avant le Stout, la Porter !

Le Porter est un type de bière particulièrement apprécié en Angleterre au 18ème siècle. On ne vas pas vous faire un cours magistral sur la différence entre Porter et Stout, car cela fait l’objet d’un autre article. Mais voici ce qu’il faut retenir :

Au 18ème siècle, un certain Arthur Guinness est parti d’une base de bière noire (stout) pour la rendre encore plus noire, avec des arômes de café encore plus prononcés, et surtout une teneur en alcool plus haute.

Comme le terme “stout” désignait à l’époque une bière forte en goût de manière générale, ce style devint la Stout Porter en s’affichant fièrement sur les bouteilles de Guinness en Extra Stout. Un Stout est donc une version plus forte d’une bière Porter. Mais que vient faire l’Empire russe dans tout ça ?

Émergence du style Russian Imperial Stout

Lors d’un voyage en Angleterre, le Tsar Pierre Le Grand tombe amoureux des Stouts. Il demande aux brasseurs anglais de lui en livrer en Russie. Mais ces bières noires n’apprécient pas vraiment les milliers de kilomètres du voyage, et surtout le froid de la mer Baltique…

La solution retenue pour éviter cela ? Augmenter fortement le taux d’alcool. Ce nouveau style de bière appelé Russian Imperial Stout passe donc encore un cran dans l’échelle des ABV, et devient particulièrement apprécié et consommé au pays des Tsars. D’autant que, contrairement aux Ales anglaises traditionnelles, les variations du genre Porter n’étaient pas taxées !

Sa dégustation par l’impératrice Catherine la Grande et sa cour lui confère une notoriété mondiale. Bien que jamais citée comme terre de bières, la Russie a donc joué un rôle primordial dans l’émerge d’un type de bière extrêmement populaire aujourd’hui pour celles et ceux qui aiment les bières noires et/ou les bières fortes.

Mais la passion et l’engouement pour les Porter ou les Stouts ne se prolongent pas au 19e siècle. Et encore moins au 20e siècle, où ce sont d’autres styles de bières qui raflent la préférence des consommateurs. Il faut dire que les Stouts sont des bières qui demandent beaucoup de matières premières, et sont donc très onéreuse. Le genre s’étiole petit à petit…

Depuis le début des années 2000, avec le boom des brasseries artisanales, les Imperial Stout repointent le bout de leur nez, brassées par des brasseries imaginatives et désireuses de réinterpréter d’anciens styles légendaires.

La bière Russian Stout en quelques infos clefs

  • L’évolution alcoolique se fait comme suit : Porter (autour de 5%) < Stout < Imperial Stout < Russian Stout (autour de 10%).
  • Vous pourrez retrouver les Russian Imperial Stout sous l’abréviation RIS dans vos bars à bière préférés.
  • Le terme “russian” est anachronique en quelques sortes, car on parlait à l’époque de Porter Stout dont les recettes les plus fortes étaient exportées vers Moscou : le terme est apparu avec le retour des crafts beer à la fin des 90’s pour les différencier des autres Stouts.
  • Comme la majorité des bières noires, il est préférable de boire les RIS pas trop froides, pour ne pas tuer leurs saveurs : entre 10 et 14°C !
  • Les Imperial Stout s’accordent à merveille avec le vieillissement en fût, et dépasse alors souvent les 10% d’alcool.

Les meilleures bières Russian Imperial Stout

Alors, pour que vous puissiez parcourir l’histoire de ces Imperial Stout en saveurs, nous avons décidé de vous présenter 4 Stouts aussi imperiaux qu’incontournables.

Nous allons vous épargner l’affront de vous présenter la brasserie Brewdog, puisqu’elle est LA porte-parole de la scène craft européenne. Mais cette Tokyo (qui fait partie de la gamme spéciale “bières extra forte” des punk écossais) n’est pas forcément parmi leurs bières les plus célèbres, puisqu’elle est assez rare et relativement chère.

Normal, pour une Barrel Aged qui titre 16,5% d’ABV et qui vous promet un voyage sensoriel assez incroyable. Le nez est directement saisissant, entre malt tourbé, café au lait et raisin secs. L’alcool se fait bien sentir déjà, et s’exprime pleinement en bouche, où le grillé du malt répond aux épices du houblon. Chocolat a lait, bourbon, cranberry rejoignent le bal en fin de dégustation, dans des saveurs liquoreuses évoquant le vieillissement en fûts.

Présente dans un de nos anciens Calendriers de l’Avent de bières, le Fuckin Stout de La Minotte a été élaborée avec le musicien californien Cory Linstrum. Le premier brassin était tellement concentré en sucre que le barboteur a expulsé des jets de bière jusqu’au plafond. Cory laissa échapper un fuck et la bière fut rapidement baptisée en conséquence.

Café, chocolat et noisette sont les premiers parfums que l’on perçoit au nez, quand la bouche se porte plutôt sur le malt grillé et la biscotte. C’est un Russian Stout français fort, torréfié et bien amer.

Une fois n’est pas coutume, l’Imperial Stout des néerlandais de De Molen n’a pas un nom composé en 2 parties. Rasputin est plus que le méchant du dessin animé Anastasia : célèbre “pèlerin, mystique et guérisseur russe”, il était très proche de la femme de l’Empereur Nicolas II et avait une grande influence à la cour impériale russe. Une belle référence aux origines du genre !

Son nez, outre le café et le cacao, évoque les fruits confits et la liqueur, notamment la prune et les pruneaux. On a affaire à une texture soyeuse, riche, crémeuse : presque sensuelle ! La bouche vous évoquera peut-être le Porto, et vous ravira à coup sûr.

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Julie de Une Petite Mousse