Biérologie, Zoom Brasseries

Bière bretonne La Dilettante, pour l’amour de l’amertume !

16 avril 2016

Quel dur métier que de faire le tour de la Bretagne pour déguster et dénicher la meilleure bière bretonne pour la faire découvrir à nos lecteurs ! Pour inaugurer notre série d’interviews de brasseurs bretons (nous faisons fi des débats, ici, on considèrera que la Loire-Atlantique est en Bretagne), je me suis rendue à Vannes, à deux pas du Golfe du Morbihan, pour y rencontrer Jean-Baptiste Moreau, jeune fondateur de la brasserie La Dilettante.

De la Réunion à la Pointe d’Arradon

Après une escapade pleine d’embruns et un déjeuner copieux à la Pointe d’Arradon, je rejoins Jean-Baptiste pour une séance de dégustation de bières dans ses locaux, parfait pour digérer. Jean-Baptiste, 29 ans, a commencé la commercialisation de ses bières fin 2015, mais n’en est pour autant pas à son coup d’essai puisqu’il se passionne pour le brassage depuis quelques années déjà. C’est donc avec enthousiasme qu’il nous fait déguster ses 4 bières en nous racontant son parcours…

La bière a toujours été plus ou moins dans ma vie. J’ai découvert le métier de brasseur à 14 ans, en dévorant la saga de BD « Les maîtres de l’orge », racontant plus ou moins la vie d’une dynastie de brasseurs industriels tout au long du 20e siècle.

Cela m’avait passionné et cela a été les premiers pas vers le métier que j’exerce actuellement. J’ai même essayé à l’époque de faire de la bière dans la sorbetière de ma mère… Puis j’ai laissé tomber cette lubie pendant un moment, me consacrant entièrement à mes études de commerce. Je me suis spécialisé dans la communication et particulièrement dans le secteur culturel. D’abord à la Fnac dans le disque, j’ai été embauché à la Réunion sur le festival de musiques actuelles de l’île (NDLR : le Sakifo). C’est là bas que l’idée de brasser est revenue. L’offre étant très pauvre en matière de bière, j’ai décidé de fabriquer la mienne !

De fil en aiguille, je brassais de plus en plus et j’ai décidé d’en faire mon métier. On est en Octobre 2013, je quitte alors mon boulot sur le festival pour me consacrer qu’à cela. Je fais un stage aux 3 brasseurs pour apprendre les rudiments du métier à grande échelle, passe un diplôme universitaire à la Rochelle et je prépare pendant un an la création de la bière bretonne La Dilettante. La brasserie ouvre alors en Décembre 2015.

Interview d’un créateur de bière bretonne engagé

Présentez-nous vos bières !

On a une gamme régulière de 3 bières. La Flemme est une blonde de type Pale Ale, houblonnée au Cascade et au Mandarina. Elle est lègère en alcool (5,2%) avec une amertume subtile. C’est la bière de soif par excellence ! La deuxième, c’est la Fièvre, une ambrée lorgnant vers le rouge, avec une amertume plus soutenue et une aromatique plaisante de fruit (fraise, pomme…). Elle titre à 6% avec une base maltée plus soutenue. On finit par la Fougue, une IPA américaine, aux houblons Simcoe, Centennnial, Columbus et Chinook. C’est plus amère mais l’aromatique tire vers les fruits tropicaux. Elle est à 6,5%.

On a aussi une gamme de bières tournantes : les Vagabondes. En hiver, c’est un porter brassé au Cacao. Les 3 prochaines qui arrivent sont une Saison au citron au printemps, une bière de blé légère au houblon Nelson-Sauvin et une Rye IPA (au seigle) pour l’automne.

Toutes nos bières sont 100% biologiques (houblons et malt), non pasteurisées, non filtrées et refermentées en bouteille. Notre philosophie est de privilégier le gout et créer des produits originaux à partir des houblons ou des épices pour notre bière bretonne.

La principale difficulté a été de trouver des matières premières de qualité et issus de l’agriculture biologique, le tout à un prix d’achat raisonnable. La particularité de mes bières, c’est la quantité de houblons et surtout le nombre de variétés envisagées.

Quels sont vos objectifs pour 2016 ?
Une extension de gamme est-elle envisagée ?

On va sortir une nouvelle gamme de bière que l’on ne brassera qu’une fois. On va commencer par des variantes d’IPA avec des houblons différents (Citra, Nelson Sauvin, Rakau…) puis on fera plusieurs stout, plusieurs saisons…etc On va commencer cette gamme en Septembre. Il est également pas impossible qu’une 4e bière rejoigne les 3 régulières. Sinon, on va commencer une gamme de Sour (bière acide) surement en 2017 et le vieillissement en barrique !

Quelle est votre bière préférée et pourquoi ?
Interdiction de citer de la bière bretonne !

Je n’ai pas de bière préférée à proprement parlé mais des brasseries. En France, j’aime beaucoup ce que fait Deck&Donehue, notamment leur Indigo et leur IPA. La Débauche et Mont Salève, c’est aussi excellent. J’ai eu un gros coup de cœur au Canada avec les brasseries les 3 mousquetaires et Dieu du Ciel. Tout ce qu’ils font est extraordinaire.

Actuellement, j’achète beaucoup de bière anglaise : The Kernel, Brew by Numbers ou Buxton. Je me suis mis également aux bières acides et lambic depuis quelques mois. C’est un truc qui me plait beaucoup, parce que cela se sert à table très facilement. Prenez une gueuze de Cantillon pour accompagner des huitres : vous êtes le roi du monde ! 🙂

Discussions autour de l’avenir de la bière artisanale en Bretagne… et en France !

Est-ce difficile de devenir brasseur ?  

En soit, brasser de la bière, c’est à la portée de tout le monde. J’ai bu des bières extraordinaires créées par des brasseurs amateurs qui n’avaient rien à envier aux plus grands. Le plus dur, c’est d’être constant et surtout de comprendre ce que l’on fait, et apprendre ses erreurs ! À grande échelle, cela ne pardonne pas. Il faut beaucoup de pratique, brasser et brasser pour améliorer ses process. J’apprends tous les jours et je continue à me former. C’est en cela que c’est un métier passionnant…

Que pensez-vous de l’essor du nombre de brasseries artisanales en France ?

Je trouve cela génial. Je suis un grand amateur de bière à la base (un beer geek) et en tant que consommateur, c’est extraordinaire d’avoir tout ce choix. Je suis allé au Canada avant de monter la brasserie et là bas, la bière a sa place partout. Dans une ville comme Montréal, faut se lever tôt pour tout goûter…

Je sens que ça arrive en France, on sent qu’il y’a une émulation et un intérêt des gens pour des bières qui sortent de l’ordinaire. J’aimerais juste que l’on sorte du triptyque blonde / blanche / ambrée, qu’on éduque un peu plus les gens. Notre métier, c’est de faire découvrir de nouvelles saveurs et d’orienter le marché vers ce que l’on veut. En tant que producteur, je m’inquiète un peu sur l’effet mode « on fait de la bière parce que c’est tendance ». Faire des clones de bières industrielles, je n’en vois pas l’intérêt !

Dégustation de bières bretonnes en dilettante

Les bières de La Dilettante sont donc 100% bio et Jean-Baptiste mise sur des houblons importés de Nouvelle-Zélande, de Belgique, d’Angleterre, d’Allemagne et des Etats-Unis pour obtenir des bières exceptionnelles.

bière bretonne

Puisque je prends mon travail au sérieux, j’ai testé toute la gamme de La Dilettante et le verdict est sans appel. Pari réussi et bières approuvées haut la main, avec une mention spéciale à sa bière bretonne d’hiver cacao, qu’on se laisserait bien déguster tout au long de l’année.

Ce qui nous frappe lors de la dégustation ? Une amertume et des notes d’agrumes très présentes, des bières à l’identité très marquée. Et last but not least, un packaging soigné, moderne et coloré, qui donne envie d’afficher sa collection de bières sur ses étagères (oui, rien que ça !).

2 Commentaires

  • Répondre Kerweb 17 avril 2016 à 14:27

    Merci pour la découverte, je passe très souvent à côté de cette zone, je m’arrêterais la prochaine fois 🙂

    • Répondre Noemi 18 avril 2016 à 17:56

      Merci pour ton petit mot Kerweb 😉

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